[RP] Les Ruines du Château de Sancerre

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[RP] Les Ruines du Château de Sancerre

Message par Daniel le Jeu 5 Jan - 0:31

Le 20 Juin 1655.


Les jours passés avaient été très rudes. La longue et lancinante exode depuis la Bretagne, n’avait fait qu’appauvrir de jours en jours mes maigres et dernières ressources qu’il me fut possible de sauver à mon départ précipité.
En plus de perdre ma monture en chemin, car il faut préciser que les animaux étaient parmi les premières victimes de cette étrange épidémie, je dus finir à parcourir les dernières centaines de lieues pieds nus, mes bottes n’ayant plus aucune couture de valide, pas plus que de semelle d’ailleurs, pour me tenir fermement aux pieds ou m’en protéger leurs plantes.

A constater de visu les gens qui m’accompagnaient malgré eux sur les chemins de l’espoir, et dont l’affluence grossissait constamment, il n’y avait pas matière à ce que je me lamente sur mon propre sort.
Femmes, enfants, vieillards peinaient durement mais bravement, bien plus qu’homme valide, habitué aux durs efforts, aux affres du temps, des longues marches sous un soleil de plomb, aux services ou sévices de la guerre.
Mon expérience d’homme des mers, ayant réalisé plus d’une traversée transatlantique, m’avait déjà fait éprouver la faim, ses symptômes et maux, mais aussi fait entrevoir la folie furieuse qui en découle, lorsque le seuil de tolérance vient à saturation.

En ces jours, il ne me fut pas épargné durant ce voyage de plusieurs jours, imposé pour ma survie, d’assister au spectacle désœuvré de gens se ruant sur la carcasse bovine ou équine, d’une bête morte, sans s’assurer formellement au préalable de la cause réelle de celle-ci. Mais pis encore, à des actes d’anthropophagie se faisant discrètement derrière des buissons ou bosquets aux abords de la route, sur de jeunes victimes la plupart du temps, n’ayant pu être allaité décemment, par une mère ou nourrice déjà elle même en piteux état, et impropre à fournir la laitance nourricière nécessaire à leur bien être.

J’avoue n’avoir osé les blâmer, ni les réprimander pour l’heure de leurs actes inhumains, mais indéniablement naturels, lorsque la démence, cette peur viscérale vous prend et vous pousse vers cet indéfinissable instinct de survie.

Que dire des marauds et brigands, lâches en leur nature, car profitant de la misère d’autrui pour encore plus les démunir, voir les occire, et agissant de nuit durant leur sommeil de plomb, plus qu’alourdi par la fatigue de leur journée de marche forcée.

Par dix fois, je dû sortir ma rapière, et réussi à faire fuir ces manants, sauvant du coup les malchanceux, pour que leur calvaire se prolonge, mais avec l’espoir d’un renouveau pour les lendemains.

Puis un matin...

Ce fut Sancerre, petite montagne au loin se dessinant parmi les collines. La longue colonne humaine harassée sous le joug, s’étirait à perte de vue, jusqu’à rallier ce point minuscule au loin. Mon pas s’accéléra machinalement, et en moins de temps qu’il n’en faut pour vider une barrique de rhum, je fus sur place.

Là, en contre bas de la ville, un camp de fortune était dressé, et les rescapés s’amoncelaient, s’entassaient pêle-mêle, réclamant vivres, eaux, et logis, aux bonnes âmes venues les accueillir et surtout tant qu’ils le pouvaient, les secourir.
Je ne pu me contraindre à les imiter, et c’est en levant les yeux vers ce qui restait de pierres encore dressées au sommet de cette montagne, que je me promis de trouver mon salut. Je gravis donc les arpents contournant les habitations sur le flanc ouest, et arriva à destination sans trop d’encombre ni d’efforts. Un coup d’œil rapide alentours, pour constater l’étendue des dégâts, puis me voilà pensif. Je scrute alors méticuleusement les ruines pour en dénicher une cache de fortune, pouvant m’assurer sécurité et confort relatif. Analysant les lieux je décèle l’esquisse d’une cavité, l’entrée d’une vieille cave surement, et qui n’est obstruée que par quelques grosses pierres. Je prends mon courage à deux mains, du moins ce qu’il m’en reste, et dégage prestement le passage, mais pas de trop, afin qu’il reste masqué aux regards d’éventuels badauds des environs.

La pièce est assez vaste, et de vieux fûts en chêne ont l’air d’être en bon état dans le fond. Il va me falloir encore un peu de bonne volonté, pour aménager tout cela, faire du tri parmi les détritus divers qui en jonchent le sol et me faire un petit nid douillet. Pour l’heure, je pose mon baluchon et m’assaillant machinalement en tailleur, ferme les yeux pour décompresser...

Je suis en vie !
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Daniel

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Re: [RP] Les Ruines du Château de Sancerre

Message par Daniel le Jeu 5 Jan - 0:33

Combien de temps suis-je resté là, assis en tailleur, plongé dans mes pensées ?

Je n’en ai aucune idée, mais cela à eu un effet bénéfique sur mon état physique, qui je l’avoue était bien entamé.
Je pense avoir récupéré de mes forces, mais peut-être pas encore en totalité, me sentant reposé et détendu, malgré une faim bien distincte, qui me tenaille encore les entrailles.
La fraîcheur des lieux est un havre délicieux, que je savoure avec délectation en cette saison, qui commence à être bien chaude.
J’espère que la température ne variera pas durant la nuit. Car si cave elle était, comme je peux le supposer, elle ne devrait pas bouger d’un iota.

Il est temps que je me mette au travail, pour aménager un peu l’endroit, ne serait-ce pour pouvoir m’y déplacer sans encombre, au risque de me blesser dans l’état actuel des choses.
Pas que je sois boulimique d’un confort démesuré, mais un minimum s’impose, tout comme la propreté, pour une hygiène correcte.
C’est du moins ce que mes aventures passées, ont pu m’enseigner, et jusque là cela m’a préservé.

Seul inconvénient en cet asile de fortune, c’est que je ne pourrai faire du feu en son sein, sans risque de m’étouffer par la fumée, celle-ci ne pouvant s’y échapper naturellement, la voûte étant plus haute que l’orifice d’entrée.

Ma foi, tant pis ! Je verrai plus tard au dehors, s’il y a moyen de me faire un foyer, sans trop attirer l’attention.


Confirmation est apportée à mes suppositions, lorsque je déterre creusant à l’aide de ma dague, à moitié ensevelis, tessons ou bouteilles encore intactes, mais malheureusement vides, parmi outre, pierres, cailloux, clous rouillés, barre de fer un peu mieux préservée, et bouts de chiffons en tous genres.
Enfin une planche de bel aspect se cachant derrière les tonneaux du fond, me donne du baume au cœur lorsque je l’aperçois et l’en dégage.
Il me faudra juste trouver de la paille pour l’en revêtir, le tout recouvert d’un tissu assez grand, afin de m’en faire une couche très convenable.

Deux heures durant, je m’affaire à réaliser de mes maigres moyens, les plans qui se dessinent au fur et à mesure en ma tête, c’est à dire quelque chose d’acceptable.
Et j’y parviens finalement, lors d’une brève sortie au dehors, finissant à trouver ce dont j’avais besoin, paille et vielle bâche en lin.
La satisfaction m’assaille et me réconforte, au moins ce soir, devrais-je bien mieux dormir.
Le soleil est bas à l’horizon, et la nuit ne va pas tarder à faire descendre son sombre manteau, sur le Berry.

Je dois encore me rassasier, avant d’aller me coucher, et me plonger de nouveau dans mes rêves, bribes perpétuelles de souvenirs d’antan.

Demain dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne...,(Oups!!) j’irai au delà... Il faut que je vois pour des terres !
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Daniel

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Re: [RP] Les Ruines du Château de Sancerre

Message par Daniel le Jeu 5 Jan - 0:34

Le 21 juin 1655


L’embouchure de l’Amazone...

Notre rencontre avec les premiers indiens est très pacifique. Ceux-ci nous guident jusqu’à la rivière Oyapock, territoire des Caripoux, où nous pouvons faire du troc. Les haches, couteaux et autres ustensiles venus de France sont échangés contre de la gomme, des plumes d’aigrette, du petun (tabac), des perroquets et diverses curiosités locales. Jean Mocquet notre jeune apothicaire, compagnon du voyage, partage un temps la vie de ces indiens qu’il qualifie de “Beaux, vifs, hardis belliqueux, courageux, libéraux. Ils ont la face gaie ce qui ne les empêche pas d’être la tribu indienne la plus douce et humaine.”
Le chef de la tribu nous dit-il, est un capitaine, c’est tout du moins la traduction qu’il nous en donne, puis nous assistons ébahis aux différents rites de nos hôtes.

Au fur et à mesure des jours qui s’égrainent, des échanges verbaux commencent à s’établir de manière plus distincte. Les Caripoux nous expliquent qu’ils sont depuis toujours en guerre contre les Caraïbes, tribu aux mœurs cannibales, et que notre quête nous fait passer en leur territoire.
Pour rejoindre la rivière que la tribu appelle "Cayenne", nous nous adjoignons un guide et interprète nommé Yacopo, neveu du chef des Caripoux. En longeant la côte nous rencontrons alors pour la première fois ces fameux indiens Caraïbes, et sommes témoins horrifiés de scènes anthropophages. Fort heureusement pour nous, ces guerriers sanguinaires ne mangent que leurs ennemis, et c’est la première fois qu’ils nous voient ! Ils sont curieux et méfiants de prime abord, mais lient ensuite facilement contact avec nous. Accompagnés des Caraïbes, nous remontons alors jusqu’à la source de la rivière. Malgré l’attrait ethnologique de ce voyage, nous n’avons pas encore trouvé de richesses extraordinaires.
Je suis tout particulièrement à la recherche d’un arbre dont je veux ramener un chargement en France. "L’aupariébou" comme ils le nomment ici.
L’arbre contient en son cœur une âme noire fort huileuse, mordicante mais d’assez bonne odeur, c’est un bois qui est très dur, et en sa partie noire, la cognée rebouche contre, et va au fond de l’eau comme une pierre. (Cet arbre est le "boco" acajou de Guyane. Bois dur et lourd au grain fin d’une teinte allant du jaune marbré au brun foncé. Très prisé dès le XVII° siècle, dans les marqueteries.).

Il me faut en charger au moins 35 tonneaux, pour rentrer dans mes frais, et me faire une bonne marge de bénéfice à la clé. Pour le moment, je n’ai trouvé que deux sortes de bois, l’une ressemblant fort au santal, l’autre au bois de rose. La jungle amazonienne est très dense, et ne nous permet pas d’avancer très vite. De plus elle parait très hostile, peuplée d’espèces animales étranges, les plus petites étant trop souvent les plus sournoises, dangereuses et malheureusement mortelles. Il fait nuit maintenant, nous sommes harassés, suant eau et sang plus qu’à l’accoutumée, nous devons établir tant bien que mal, à bout de force, un campement de fortune. Épuisés pourtant, nous essayons de dormir, malgré les piqures d’insectes et toutes sortes de bruits, plus effrayants les uns des autres. Je somnole, entre deux mondes, l’esprit perturbé, lorsque de nouveau un cri retenti.

Étrange ?!

Cela m’est très familier, et ressemble plus à un chant...

Des images floues défilent alors devant mes yeux clos, effaçant d’un coup celles très sombres de l’épaisse forêt moite, puis peu à peu je reprends conscience.

C’est un coq !!!

J’ouvre à demi les yeux, et reconnais la voûte de la cave de la veille, en ces ruines du vieux château de Sancerre dans le Berry.
Il est donc l’heure, l’aurore a fait suite à la nuit, et il me faut me préparer. Ce n’était qu’un rêve, mon passé venant encore une fois me hanter.
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Re: [RP] Les Ruines du Château de Sancerre

Message par Daniel le Jeu 5 Jan - 0:35

Il ne me faut guère longtemps pour me préparer, dû au peu de commodités en ma condition actuelle. Ma tenue est un peu négligée, froissée plus que de raison, une barbe de trois jour assombrissant les lignes caucasiennes de mon visage. De plus je dois sentir le bouc, même si personnellement cela ne m'incommode point l'odorat pour l'heure, en cette cave réaffectée qui sent encore un peu le renfermé. Mais il me sera nécessaire à mon sens, d'aller prendre un bain en un ruisseau sur mon chemin, avant de me présenter là où je dois me rendre.

Nanti de mes précieux documents, seule vrai richesse qu'il me reste, je les ai ceint dans une pochette de cuir glissée sous ma chemise.
Puis je m'équipe de mon baudrier rapière, et y glisse mon arme, ainsi que sa main gauche qui ne me quitte jamais.


Me voilà paré, et je sort de suite de mon trou, respirer le bon air frais du matin. Le soleil est à peine levé, un vent léger fait vaciller en une danse lente, la cime des arbres environnants. Je ne sais pour le moment combien de temps me prendra le trajet aller-retour. Même si j'ai déjà fait une estimation, l'inconnu restant la durée sur place.
J'ai un petit atout supplémentaire pour éviter de perdre du temps à me rendre à ma destination, une carte de la région m'ayant coûté une petite fortune à mon départ de Bretagne. J'espère qu'elle sera fiable, sinon ma déception n'en sera que plus grande.

Les environs des ruines sont calmes, apparemment j'ai l'air d'être le seul à mettre installé dans le coin, et ce n'est pas plus mal.

Musette à l'épaule, je me dirige alors vers les anciens remparts à l'ouest, et cherche le petit sentier que j'ai repéré sur la carte.

Il est bien là !

Il ne me reste plus qu'à le dévaler pour rejoindre plus bas la route et son croisement un peu plus loin. De là je pourrai m'orienter.
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Re: [RP] Les Ruines du Château de Sancerre

Message par Daniel le Jeu 5 Jan - 0:36

Le 21 juin 1655...(suite)

Il ne me faut pas longtemps pour dévaler l’arpent le long du chemin et arrivé à la croisé, je sors ma boussole, ainsi que ma précieuse carte afin de l’orienter dans la bonne direction.

Lecture faite, je sais maintenant quel chemin prendre et relève du même coup le ruisseau le plus proche afin d’avoir peut-être la possibilité d’y prendre un bain en toute discrétion.

L’air de la campagne est vivifiant et cette clarté rougeâtre plus à l’est, baignant de ses rayons le paysage, transcende ma vision des lieux, en une pure merveille.

J’ai hâte de pouvoir rencontrer qui de droit, et de lui montrer mes papiers, afin de m’assurer en ces lieux une quiétude bien méritée, après tant d’années de bons et loyaux services auprès de ce Royaume de France et de Navarre, auquel j’appartiens depuis toujours, corps et âme.
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